LA POLICE FAIT sa rentrée au collège

ET ACCUEILLE nos enfants avec une fouille matinale

Ce matin, le compte X de la Police nationale de Seine-Maritime publie un message.

Un petit émoji, une photo.

Sur l’image, des tables disposées en couloir à l’entrée du collège Pablo Picasso. D’un côté, des policiers en tenue d’intervention, armes visibles à la ceinture. De l’autre, des élèves, arrivés de bon matin.

Des enfants, coupables de rien, fouillés systématiquement « pour leur sécurité » et celle des enseignants.

Des armes introduites dans un établissement scolaire au nom de la sécurité des jeunes. »

De quoi protège-t-on réellement nos enfants ?

La question mérite d’être posée frontalement.

Si l’objectif est de protéger, pourquoi ces enfants sont-ils traités comme des suspects ?

Ce que nous voyons ici n’est pas une politique de protection, mais le produit de décennies de discours sécuritaires martelés, nourris par la surmédiatisation des faits divers, jusqu’à rendre acceptables des dispositifs de surveillance et de contrôle toujours plus intrusifs.

Ces pratiques ne protègent pas.

Elles habituent.

Elles habituent les enfants à être surveillés.

Elles habituent les adultes à déléguer l’autorité à la police.

Elles construisent l’idée que l’école est un espace de suspicion permanente.

Plusieurs questions fondamentales se posent alors

Est-il normal que des enfants entrent à l’école en tant que suspects ?

S’il s’agit d’une mesure de protection, les enseignants et la direction ont-ils eux aussi été fouillés ? Si oui, où sont les images ? Les fouilles ont-elles eu lieu devant les élèves, avec exposition publique du contenu des sacs ?

Et surtout : l’école étant obligatoire, donc sans possibilité légale de refus, les enfants ont-ils bénéficié d’une représentation légale ? Ont-ils été informés, ainsi que leurs responsables légaux ?

Ont-ils été informés de leurs droits avant d’être confrontés à un contrôle policier ?

La liste des questions est longue. Trop longue pour être anodine.

Une complicité institutionnelle à interroger

Le corps enseignant a pu jouer, un rôle important dans les luttes sociales. Mais il est aussi un prolongement de l’État, de son autorité et de ses discours.

En contexte colonial, les enseignants ont été des agents de la « mission civilisatrice ».

Dans ces

mêmes contextes, certains ont aussi fait preuve de solidarité avec les colonisés.

Le corps enseignant est traversé de contradictions. Il n’est pas homogène.

On l’a vu récemment lorsque Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT et ancienne CPE, a pris position en faveur de l’interdiction et de la surveillance du port de l’abaya. Face à une attaque raciste de l’État, le réflexe a été de s’y associer.

Des études ont par ailleurs montré comment le refus ferme des enseignants pour des mesures de surveillance policière et technologique envers les élèves, s’est d’abord adoucie, pour maintenant devenir une revendication. Certains participent même à l’accompagnement de la mise en place de ceux ci.

Le manque de moyens, la mise en avant de faits divers surmédiatisés en rapport à ce qu’ils représentent socialement, et un fort lobbying des commerciaux d’entreprises de sécurité (caméras, portiques…) n’ont fait que conforter ce sentiment d’insécurité qui explique cette situation.

D’ailleurs même si le vote de ceux ci continue fortement à nourrir les partis de gauche, le nombre de votants pour le RN est passé de 10% à plus de 20% entre les deux présidentielles et cela doit nous alerter.

Il ne s’agit pas ici de faire le procès de tout un secteur qui se trouve d’ailleurs souvent dans nos luttes.

Il s’agit plutôt de prendre du recul et d’avoir un regard moins mystifié du corps enseignant que ce que notre camp peut parfois l’avoir de peur de froisser certains syndicats ou camarades.

Aujourd’hui, des champs du secteur se remettent en question, notamment sur les questions de racisme ou encore sur la prise en compte des emplois subalternes (comme le mouvement actuel des AESH). Mais n’oublions pas qu’il est et revendique même être un camp de l’autorité envers nos enfants.

Le sociologue Tanguy Le Goff nous disait déjà en 2010 dans son article sur la vidéosurvellance dans les lycées:

« Au cours des dernières années, de nouvelles normes, de nouvelles procédures, en un mot, un nouveau droit disciplinaire propre à l’école (Pech,

2002) a d’ailleurs été créé sans qu’il n’y ait d’opposition de fond des syndicats enseignants

(Pech, 2002). Ce « réarmement juridique » de l’école pour sanctionner les déviances, les transgressions à la discipline scolaire, les enseignants le jugent « acceptable » dès lors que l’affaire est réglée en interne. En revanche, les réticences sont fortes lorsqu’il s’agit de renvoyer le traitement à un tiers (au juge pénal). La tendance à la pénalisation des conduites en milieu scolaire (Esterle-Hedibel, 2006) et la présence, plus régulière, des forces de police au sein même des établissements scolaires tendent néanmoins à lever ces résistances culturelles. »

Protéger vraiment les enfants

Si l’objectif était réellement de protéger les enfants

L’État agirait autrement.

Il ne laisserait pas s’enliser l’Aide sociale à l’enfance, ne fermerait pas les yeux sur l’inceste et l’exploitation sexuelle des plus jeunes dont l’ASE ou encore l’affaire Betharram ne sont qu’une infime partie.

Il ne tolérerait pas que plus de 10% des enfants vivent sous le seuil de pauvreté.

Pendant que l’école perd ses moyens (classes surchargées, parcours plus sélectifs), l’État déploie un contrôle généralisé : à école, la maison (Pronote, Éduconnect), dans l’intimité (uniforme, téléphone, réseaux sociaux)…

Au Havre, 70 familles avec enfants dorment chaque nuit à la rue, c’est un désert médical (qui connaissent un taux de mortalité deux fois plus élevés que dans les régions médicalisées). mais on fouille les sacs des collégiens « pour leur sécurité ».

Le choix est clair: contrôler la jeunesse plutôt que la protéger

Refuser la société de suspicion

Fouiller des enfants par des policiers armés n’est pas une politique de protection.

C’est une politique de suspicion.

Si nous acceptons que les enfants soient les suspects de la République, si nous laissons l’État déployer dès le plus jeune âge cet arsenal autoritaire, alors nous les abandonnons à un projet politique qui prépare la guerre, le tri et l’exclusion.

L’école, livrée à un État qui se fascise, devient un outil de fascisation.

Le processus a commencé depuis longtemps : loi de 2004 sur le voile, règles sur l’abaya, projets d’interdiction du Ramadan, extension des interdictions aux universités et à l’espace public….

Sur les questions de genre l’école aussi forge les esprits: un coup sur les robes trop longues, un autres les t-shirt trop courts, avec des moyens de main en moins alloués au formations sur les questions de consentement…

Rappelons que le budget de l’armée dépassera cette année celui de l’éducation…

Pour un avenir émancipateur

Mobilisons-nous pour un avenir où les enfants vivront avec la perspective d’une vie meilleure pour tous.

Refusons que la police d’État fouille, éduque et intimide nos enfants.

Luttons pour tous les enfants, et d’abord pour celles et ceux à qui l’enfance est déjà refusée.

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